Trois anciens présidents de la Fédération algérienne de football dans le même box, et une addition salée réclamée par le parquet. Au terme de deux jours d’interrogatoire, le procureur du pôle économique et financier a requis 10 ans de prison ferme et un million de dinars d’amende contre Kheireddine Zetchi, Djahid Zefizef et Charaf-Eddine Amara, rapporte El Watan. Les trois hommes ont tous clamé leur innocence.
Les mêmes réquisitions visent l’ancien directeur de l’administration générale Abdelghani Nekkach, les deux anciens secrétaires généraux Mounir Debchi et Mohamed Saadi, ainsi que le Tunisien Walid Houali, patron de l’agence Concorde Voyages, en fuite. Le parquet a demandé 7 ans contre le manager de l’équipe nationale Amine Labidi et des membres fédéraux, et 5 ans contre deux autres prévenus, dont la directrice du magasin de la FAF. Le Trésor public, partie civile, réclame 900 millions de dinars.
Ce que le parquet reproche à l’ancienne FAF
Selon le procureur, l’affaire est partie d’informations transmises aux services de sécurité sur des soupçons de corruption au sein de la Fédération. Les expertises ont ensuite visé plusieurs dossiers :
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- L’hôtel Tazrout Olympique : des séjours qui auraient coûté 54 millions de dinars au Trésor public, alors que le bureau exécutif pouvait être logé gratuitement au centre de Sidi Moussa.
- Le magasin de la FAF : un déficit de 65 millions de dinars en 2020, dû à des sorties d’équipements sans reçus.
- Adidas : la Fédération aurait perçu 8 % des recettes au lieu des 10 % prévus, et du matériel aurait été acquis « en dehors de tout accord » lors de la CAN 2022.
- Concorde Voyages : un contrat conclu sans consultation d’au moins trois prestataires, avec des transferts qui auraient dépassé les plafonds légaux.
- Les primes : des primes versées à certains joueurs en devises, et deux primes touchées par le manager général avant la signature de son contrat.
Zetchi : « 22 mois en prison, ce qui me choque profondément »
À la barre, Kheireddine Zetchi, président de la FAF de mars 2017 à mars 2021, a défendu le contrat signé avec Adidas le 31 janvier 2019. « Ce n’est pas un contrat d’achat mais de sponsoring », a-t-il expliqué, assurant qu’il « n’a coûté aucun centime à la FAF ». Il a rappelé les résultats de son mandat, dont le sacre à la CAN 2019, avant de lâcher : « Aujourd’hui, je me retrouve à passer 22 mois en prison, ce qui me choque profondément. »
Sur Concorde Voyages, il a parlé de deux factures, de 9 000 et 7 224 dollars, toutes deux sous le seuil de 1,5 million de dinars qui impose une consultation. « Avez-vous déjà entendu parler d’un appel d’offres pour choisir un adversaire pour l’équipe nationale ? », a-t-il lancé à la juge.
Amara et Zefizef : « Pas un centime »
Président du 7 avril 2021 au 31 mars 2022, Charaf-Eddine Amara, détenu dans une autre affaire, a mis en avant son statut de bénévole. « Madame la présidente, je n’ai pris aucun centime de la FAF », a-t-il déclaré, avant de défendre le salaire de 750 000 dinars accordé au manager de la sélection : « Les cadres de l’équipe nationale ne font pas du bénévolat. »
Même ligne pour Djahid Zefizef, à la tête de la FAF de juillet 2022 à juillet 2023 : « Je n’ai pas touché un seul centime de la FAF, ni en tant que président de la Fédération ni en tant que manager. » Il a renvoyé la conclusion des contrats vers la direction de l’administration générale.
La suite du procès
Les plaidoiries de la défense devaient suivre, avant la mise en délibéré de l’affaire. Les peines requises ne sont pas un jugement : la décision appartiendra au tribunal, et les prévenus restent présumés innocents jusque-là.